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Par la Rédaction de Senegal221 | Publié le 7 mars 2026 | Temps de lecture estimé : 12 minutes

La course pour la succession d’António Guterres à la tête des Nations Unies est officiellement lancée, et l’Afrique compte bien y jouer les premiers rôles. L’ancien Président de la République du Sénégal, Macky Sall, est officiellement candidat au poste très convoité de Secrétaire général de l’ONU.

Cependant, cette candidature s’inscrit dans un contexte politique national et international d’une rare complexité. Fait inédit dans les annales diplomatiques, ce n’est pas le gouvernement sénégalais actuel qui a parrainé cette ambition, mais la République du Burundi, suscitant de vifs débats à Dakar.

Entre une classe politique sénégalaise divisée, une opposition farouche de la société civile locale et un échiquier géopolitique mondial en pleine mutation, l’ancien chef d’État (2012-2024) fait face à un parcours semé d’embûches.

Quels sont les atouts réels de l’envoyé spécial du Pacte de Paris (4P) ? L’Afrique réussira-t-elle à s’unir derrière sa candidature ? Et surtout, quelles sont ses véritables chances face aux règles non écrites du Conseil de sécurité ? Décryptage d’une offensive diplomatique majeure.

Ce que vous allez apprendre :

Cet article détaille l’écosystème des soutiens de Macky Sall (nationaux et internationaux), analyse les oppositions liées à son bilan politique, et évalue objectivement ses chances de victoire face à la volonté onusienne de nommer une femme ou un candidat d’Amérique latine pour le mandat débutant en 2027.

1. Le contexte de la succession à l’ONU en 2026

Le second mandat du diplomate portugais António Guterres s’achèvera irrévocablement le 31 décembre 2026. L’élection de son successeur, prévue pour l’automne 2026 lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies, cristallise déjà d’intenses tractations en coulisses.

Le choix du Secrétaire général de l’ONU obéit à l’article 97 de la Charte des Nations Unies : le candidat est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation exclusive du Conseil de sécurité. Cela signifie que tout prétendant doit impérativement éviter le veto de l’un des cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni).

Dans ce contexte hyper-polarisé par les crises au Moyen-Orient et en Europe de l’Est, trouver une personnalité consensuelle est un défi majeur. Macky Sall, fort de son expérience à la tête de l’Union africaine (2022) où il a navigué entre les exigences occidentales et les partenariats avec la Russie et la Chine, tente de se positionner comme le « bâtisseur de ponts » par excellence.

Son programme officiel, intitulé « Refonder le multilatéralisme pour un monde meilleur », met l’accent sur une réforme pragmatique du Conseil de sécurité, la prévention des conflits et la prise en compte du fardeau de la dette des pays en développement.

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2. Qui soutient la candidature de Macky Sall ?

L’un des aspects les plus fascinants de cette candidature est l’architecture de ses soutiens. De manière très inhabituelle, ce n’est pas le Sénégal qui a déposé le dossier à New York, mais la République du Burundi. L’ambassadeur burundais Zephyrin Maniratanga a officiellement transmis la lettre à la présidence de l’Assemblée générale début mars 2026.

Ce parrainage burundais vise à donner à la candidature de Macky Sall une dimension immédiatement continentale, en l’inscrivant dans la dynamique de l’Union Africaine. L’objectif stratégique est de présenter l’ancien président comme le candidat naturel de l’Afrique toute entière.

Sur le plan national, bien que le pouvoir en place observe une certaine réserve, Macky Sall bénéficie du soutien d’une partie significative de la classe politique sénégalaise. Plusieurs figures de l’ancienne majorité présidentielle et de l’opposition actuelle ont pris la parole pour défendre sa candidature au nom du « prestige national ».

Des personnalités politiques de premier plan comme l’ancien Premier ministre Amadou Bâ, Aly Ngouille Ndiaye, Abdoulaye Diouf Sarr ou encore Anta Babacar Ngom ont publiquement appelé l’État sénégalais à dépasser les clivages partisans pour soutenir un fils du pays à la plus haute fonction diplomatique mondiale.

À noter :

Macky Sall bénéficie également de solides réseaux en Europe (notamment en France suite à sa nomination au Pacte de Paris pour les Peuples et la Planète) et entretient de bonnes relations avec les pays du Golfe et la Chine, des atouts cruciaux pour éviter les vétos au Conseil de sécurité.

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3. Les obstacles internes : silence de l’État et opposition civile

C’est le paradoxe majeur de cette ambition onusienne : le candidat Sall doit composer avec une opposition farouche émanant de son propre pays. Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Ousmane Sonko (sous la présidence de Bassirou Diomaye Faye) a adopté une posture de stricte distance diplomatique.

Le Ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Niang, a d’ailleurs déclaré publiquement début mars 2026 que « le Sénégal n’a pas été consulté » ni associé à la démarche initiée par le Burundi. Ce manque de soutien officiel de l’État d’origine est perçu par les observateurs internationaux comme une fragilité diplomatique non négligeable.

Plus virulent encore, le front du refus au sein de la société civile. Un rassemblement regroupant notamment le collectif des « Familles de martyrs » mène un intense lobbying contre cette candidature. Ces organisations pointent du doigt le bilan des troubles politiques et des manifestations ayant secoué le Sénégal entre 2021 et 2024.

Pour ces détracteurs, qui qualifient cette démarche de « supercherie diplomatique », l’ONU ne doit pas servir de « refuge politique » ni de lieu de réhabilitation pour un ancien dirigeant dont la fin de mandat a été marquée par des tensions démocratiques et judiciaires internes.

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4. Les réelles chances de succès sur l’échiquier mondial

Au-delà des polémiques sénégalo-sénégalaises, quelles sont les véritables chances de Macky Sall à l’ONU ? Les experts en relations internationales estiment que la bataille s’annonce extrêmement rude en raison de deux règles non écrites de la diplomatie onusienne.

Premièrement, la rotation régionale. Historiquement, le poste de Secrétaire général alterne entre les différents groupes régionaux. Après Kofi Annan (Afrique), Ban Ki-moon (Asie) et António Guterres (Europe occidentale), l’Amérique latine et les Caraïbes estiment que c’est leur tour. L’Europe de l’Est revendique également le poste, n’ayant jamais eu de Secrétaire général.

Deuxièmement, la pression pour une candidature féminine. En 80 ans d’existence, l’Organisation des Nations Unies n’a jamais été dirigée par une femme. De très nombreux États membres et organisations de la société civile internationale exigent que cette élection de 2026 brise ce plafond de verre. Des profils comme Michelle Bachelet (Chili) ou Rebeca Grynspan (Costa Rica) cochent à la fois la case de la géographie et celle du genre.

Malgré ces vents contraires, Macky Sall reste un « outsider » de poids. Si les candidats latino-américains ou d’Europe de l’Est se heurtent au veto croisé des États-Unis et de la Russie (blocage très probable vu le contexte géopolitique), le Conseil de sécurité devra se tourner vers un candidat de compromis. C’est dans ce scénario d’impasse que la candidature africaine de Macky Sall pourrait s’imposer comme la solution de neutralité.

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5. Tableau comparatif : Les profils en lice

L’élection de l’automne 2026 mettra aux prises des diplomates de haut vol. Voici une comparaison des profils les plus fréquemment cités dans les arcanes de New York.

Candidat(e) pressenti(e) Région & Pays Atouts majeurs Points faibles / Obstacles
Macky Sall Afrique (Sénégal) Ancien Chef d’État, ex-Président UA, profil de consensus diplomatique. Est un homme (désavantage actuel), absence de soutien officiel de son propre pays.
Michelle Bachelet Am. Latine (Chili) Femme, ancienne Chef d’État, ancienne Haute-Commissaire aux Droits de l’Homme. Positions passées sur les droits humains pouvant attirer un veto (ex: Chine/Russie).
Rafael Grossi Am. Latine (Argentine) Directeur de l’AIEA, très respecté dans la gestion de la diplomatie nucléaire. Profil de « technocrate » plus que de leader politique mondial, est un homme.
Rebeca Grynspan Am. Latine (Costa Rica) Femme, dirige la CNUCED, forte expertise économique pour les pays du Sud. Manque de notoriété politique globale comparée à d’anciens chefs d’État.

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6. Graphique : Les critères décisifs du Conseil de Sécurité

Dans la complexe alchimie onusienne, tous les critères n’ont pas la même valeur. Voici une représentation de l’importance relative des facteurs influençant le choix des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité.

Poids estimé des critères dans le vote (Échelle de 0 à 100)

Absence de Veto (P5)

Critique (95%)

Genre (Candidature féminine)

Élevé (75%)

Rotation géographique

Moyen-Fort (60%)

Soutien du pays d’origine

Modéré (40%)

* Lecture : Ne pas subir le veto d’une grande puissance est absolu. Le soutien du pays d’origine, bien qu’important symboliquement, n’est juridiquement pas une condition sine qua non pour l’élection.

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7. Sources officielles

Cette analyse factuelle s’appuie sur la Charte des Nations Unies, les publications officielles de l’ONU et les couvertures médiatiques internationales de mars 2026 :

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8. Foire Aux Questions (FAQ)

Vous avez encore des zones d’ombre concernant la candidature de Macky Sall à l’ONU ? Voici les réponses interactives aux 10 questions les plus fréquemment posées.

1. Quand aura lieu l’élection du prochain Secrétaire général ?

L’élection se déroulera à l’automne 2026, lors de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU. Le vainqueur prendra officiellement ses fonctions le 1er janvier 2027 pour un mandat de cinq ans.

2. Qui Macky Sall cherche-t-il à remplacer ?

Il ambitionne de succéder au Portugais António Guterres, en poste depuis 2017. António Guterres termine actuellement son deuxième et dernier mandat.

3. Pourquoi l’État du Sénégal n’a-t-il pas parrainé sa candidature ?

L’actuel gouvernement, dirigé par Ousmane Sonko et le Président Diomaye Faye, était dans l’opposition durant le mandat de Macky Sall. Les divergences politiques profondes expliquent cette neutralité diplomatique. Le Ministre des Affaires étrangères a précisé que le Sénégal « n’a pas été consulté ».

4. Quel est le rôle du Burundi dans cette affaire ?

La République du Burundi a officiellement déposé la candidature de Macky Sall auprès de la Présidence de l’Assemblée générale des Nations Unies, dans le but de lui donner une dimension panafricaine plutôt que strictement nationale.

5. L’Union Africaine soutient-elle officiellement Macky Sall ?

Le parrainage burundais s’inscrit dans l’esprit de l’Union Africaine pour présenter un candidat africain unifié, d’autant que Macky Sall a présidé l’UA en 2022. Toutefois, un consensus diplomatique formel de tous les États membres reste à confirmer dans les mois à venir.

6. Quelles sont les priorités du programme de Macky Sall ?

Son programme s’articule autour de la « refondation du multilatéralisme ». Il propose une approche intégrant la paix et le développement, une réforme pragmatique et consensuelle du Conseil de sécurité, et une prise en compte accrue des problèmes de dette des pays du Sud.

7. Une femme a-t-elle déjà dirigé les Nations Unies ?

Non, jamais depuis la création de l’ONU en 1945. C’est le principal obstacle de Macky Sall : une immense pression diplomatique mondiale exige que l’élection de 2026 consacre enfin une femme à ce poste.

8. Qu’est-ce que le droit de veto dans cette élection ?

Le Conseil de sécurité doit recommander le candidat à l’Assemblée générale. Si un seul des cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) vote contre un candidat, ce dernier est éliminé de la course. C’est le pouvoir de veto.

9. L’absence de soutien de l’État sénégalais est-elle éliminatoire ?

Sur le plan strictement juridique, non. Un candidat peut être proposé par n’importe quel État membre (ici le Burundi). Cependant, sur le plan politique et symbolique, c’est une vulnérabilité que ses adversaires ne manqueront pas de souligner.

10. Pourquoi des groupes sénégalais s’opposent-ils à sa candidature ?

Des collectifs de la société civile, dont le collectif des « Familles de martyrs », invoquent le bilan des violences politiques survenues au Sénégal entre 2021 et 2024. Ils s’opposent à ce qu’une institution internationale de maintien de la paix serve, selon leurs termes, de « réhabilitation » à l’ancien président.

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La rédaction de Senegal221 continuera de suivre cette bataille diplomatique passionnante.

Souhaitez-vous que je vous dresse le bilan détaillé de la présidence de Macky Sall à la tête de l’Union Africaine (2022) pour mieux comprendre sa stratégie internationale ?

 


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