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Le Sénégal, traditionnellement salué à travers le monde pour son concept d’« hospitalité légendaire » (la Téranga) et son modèle de vivre-ensemble multiculturel, fait face depuis quelque temps à une mutation sociologique préoccupante. Sur les plateformes numériques comme dans certains cercles de discussion urbains, l’accroissement des discours xénophobes, des stéréotypes stigmatisants et des appels au repli identitaire envers les ressortissants étrangers – notamment ceux originaires d’autres pays d’Afrique de l’Ouest – gagne du terrain. Ce glissement sémantique et idéologique, alimenté par des crises économiques récurrentes et la précarité urbaine, fragilise la cohésion sociale et interpelle les gardiens de la République.

Les réseaux sociaux : caisse de résonance de la haine ordinaire

Le phénomène trouve en grande partie son oxygénation sur les réseaux sociaux. Sur des plateformes comme X (anciennement Twitter), Facebook ou TikTok, des comptes anonymes ou des influenceurs en quête de visibilité relaient régulièrement des contenus ciblant de manière agressive les communautés étrangères installées au Sénégal. Accusations infondées de concurrence déloyale sur le marché du travail informel, amalgames hâtifs entre criminalité et immigration, ou encore rejets culturels violents y sont banalisés.

Ces diatribes en ligne ne restent pas confinées au monde virtuel. Elles finissent par infuser le débat public, libérant une parole xénophobe qui, par le passé, s’exprimait avec beaucoup plus de retenue. Des commerçants étrangers, des étudiants et des travailleurs vivant à Dakar se plaignent d’un climat de suspicion grandissant et de micro-agressions quotidiennes, contrastant cruellement avec l’histoire d’intégration et de brassage qui caractérise la capitale sénégalaise.

Les facteurs économiques et sécuritaires : le terreau du ressentiment

Comment expliquer cette érosion progressive de la tolérance dans un pays historiquement cosmopolite ? Les sociologues et les analystes politiques pointent plusieurs facteurs convergents :

  • La crise de l’emploi et la vie chère : Dans un contexte marqué par le chômage des jeunes et la cherté du coût de la vie, certains secteurs informels (commerce de détail, transport, artisanat) connaissent des tensions accrues. La concurrence économique est parfois instrumentalisée pour désigner des boucs émissaires faciles.
  • Le contexte géopolitique sous-régional : L’instabilité politique, les crises sécuritaires au Sahel et les flux migratoires accrus poussent de nombreux ressortissants ouest-africains vers le Sénégal, perçu comme un îlot de stabilité. Cette affluence met sous pression les infrastructures urbaines et attise des peurs identitaires.
  • La dérégulation de l’information : La prolifération de fausses nouvelles (fake news) et de discours populistes axés sur le nationalisme exclusif (« le Sénégal aux Sénégalais ») trouve un écho favorable auprès d’une frange de la jeunesse désœuvrée.

Le rappel à l’ordre des autorités et de la société civile

Face à cette dérive, les autorités étatiques et les organisations de la société civile commencent à monter au créneau. Plusieurs voix s’élèvent pour rappeler que le panafricanisme, historiquement ancré dans l’ADN politique et culturel du Sénégal – de Léopold Sédar Senghor à Thomas Sankara en passant par les luttes anticoloniales –, est incompatible avec le rejet de l’autre.

Le ministère de la Justice et les forces de sécurité disposent d’un arsenal juridique réprimant l’incitation à la haine raciale, ethnique ou xénophobe, bien que son application concrète face aux dérapages numériques reste un défi complexe. Des figures religieuses, traditionnelles et des intellectuels multiplient également les appels au calme, rappelant que la prospérité du Sénégal s’est toujours nourrie de sa diversité et de sa solidarité continentale.

La montée de la xénophobie agit ainsi comme un miroir tendu à la société sénégalaise : celui d’une jeunesse en quête de repères face aux difficultés socio-économiques, tentée par les sirènes du repli. Endiguer ce phénomène exigera bien plus que des condamnations morales ; cela passera par une politique économique inclusive et une pédagogie active du vivre-ensemble.

Sources et références

  • Rapports d’organisations de la société civile sénégalaise sur les droits humains et la cohésion sociale.
  • Analyses sociologiques sur l’impact des réseaux sociaux et de la vie chère à Dakar.
  • Dispositions légales du Code pénal sénégalais relatives à l’incitation à la haine et à la discrimination.

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