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C’est un soubresaut diplomatique discret mais lourd de sens qui agite la géopolitique sahélienne. Alors que l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, s’efforce de projeter une image d’unité inébranlable face à la CEDEAO et à la communauté internationale, un nouvel accord bilatéral vient d’être scellé entre Bamako et Ouagadougou. Particularité notable de cette signature : l’absence remarquée de Niamey. Ce pacte à deux, conclu loin des projecteurs de la confédération, relance instantanément les spéculations sur les fissures potentielles au sein du triumglet militaire et sur la réalité de l’intégration sous-régionale sahélienne.

Un accord bilatéral inattendu en marge de la Confédération

Le pacte, officialisé lors d’une visite de travail entre les délégations maliennes et burkinabè, porte sur le renforcement de leur coopération stratégique, sécuritaire et commerciale. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont paraphé des textes visant à fluidifier les corridors logistiques, à mutualiser certains services de renseignement et à intensifier les échanges frontaliers, court-circuitant en grande partie les lourdeurs institutionnelles de l’architecture officielle de l’AES.

Si la signature d’accords entre voisins sahéliens n’a en soi rien d’extraordinaire, son format bilatéral exclusif intrigue les diplomates. Depuis la création de la Confédération des États du Sahel, la doctrine officielle imposait une vitrine d’intégration tripartite indissociable. Voir le Mali et le Burkina Faso avancer seuls sur des dossiers aussi sensibles que la sécurité et l’économie frontalière interroge sur la solidité de la ligne commune, surtout à un moment où chaque État fait face à des défis internes colossaux liés au terrorisme et à la gestion de ses frontières.

Pourquoi l’absence de Niamey alimente toutes les spéculations

L’absence du Niger dans ce processus de signature soudain n’a pas tardé à alimenter les analyses des observateurs de la crise ouest-africaine. Plusieurs hypothèses circulent dans les chanceries africaines pour expliquer cette mise en retrait temporaire de Niamey :

  • Des priorités nationales divergentes : Le Niger, sous la conduite du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), fait face à des urgences géographiques et sécuritaires spécifiques le long de ses frontières avec le Nigeria et le Bénin, mobilisant l’essentiel de son appareil diplomatique et militaire.
  • Des arbitrages économiques internes : Les négociations sur la répartition des taxes douanières et l’exploitation des corridors de transport entre le port de Lomé (via le Burkina) et Bamako pourraient avantager l’axe direct Mali-Burkina au détriment des intérêts logistiques nigériens.
  • Un simple réajustement tactique : Les autorités de Niamey n’auraient pas opposé de veto de principe, mais auraient simplement choisi de se focaliser sur l’opérationnalisation des forces armées unifiées de l’AES plutôt que sur des accords administratifs bilatéraux.

Cependant, dans le langage codé de la diplomatie sahélienne, tout vide institutionnel ou toute absence remarquée est immédiatement interprété comme le signe potentiel de rivalités d’ego ou de visions stratégiques divergentes entre les juntes au pouvoir.

Quel avenir pour la confédération de l’AES ?

Cette initiative bilatérale rappelle que l’édification d’un bloc souverain homogène au Sahel est un chemin parsemé d’embûches. L’Alliance des États du Sahel s’est construite sur une dynamique de rupture fracassante avec la CEDEAO et sur la promesse d’une solidarité militaire et économique sans faille. Pour autant, la gestion quotidienne des États, minée par des contraintes budgétaires sévères et des pressions sécuritaires multiformes, impose souvent des réponses pragmatiques et immédiates qui passent par des accords de terrain.

Pour le Sénégal et l’ensemble de la sous-région ouest-africaine, l’évolution de l’AES est scrutée avec beaucoup d’attention. Toute fragilité ou tout désalignement au sein du trio sahélien pourrait modifier l’équation sécuritaire aux frontières de l’UEMOA et redessiner les contours des relations diplomatiques à venir. Le Mali et le Burkina Faso ont choisi d’accélérer la cadence ; reste à savoir si le Niger saura ou voudra combler rapidement ce pas de deux pour réaffirmer la trinité originelle du Sahel.

Sources et références

  • Communiqués conjoints des ministères des Affaires étrangères du Mali et du Burkina Faso.
  • Analyses géopolitiques de l’Institut d’Études de Sécurité (ISS) sur l’évolution de l’Alliance des États du Sahel.
  • Notes d’information des observateurs diplomatiques régionaux à Dakar et Bamako.

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