Partager

C’est une petite révolution fiscale et une étape majeure dans la modernisation du recouvrement des recettes publiques au Sénégal. À compter de ce 1er octobre 2026, la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) officialise l’entrée en vigueur d’un dispositif spécifique visant à taxer les géants du numérique, communément appelés GAFAM (Google, Apple, Meta, Amazon, Microsoft) et autres plateformes de vidéo à la demande comme Netflix. Cette mesure, attendue depuis l’adoption du Code général des impôts révisé, marque la fin d’une longue période d’absence de contribution fiscale directe de ces multinationales sur le territoire sénégalais.

Les taux et le mécanisme de la nouvelle taxe

La DGID a confirmé que cette taxation prend la forme d’une retenue à la source sur les prestations de services numériques réalisées au Sénégal par des entités non établies physiquement dans le pays. Concrètement, les abonnements mensuels, les revenus publicitaires et toutes autres formes de transactions commerciales dématérialisées sont désormais assujettis à une contribution fiscale directe. Pour les services de vidéo à la demande (SVOD) tels que Netflix, le taux appliqué est de 10 % sur le montant hors taxe de chaque abonnement facturé aux utilisateurs sénégalais. Pour les plateformes de publicité en ligne comme Google et Meta (Facebook, Instagram), le taux est fixé à 5 %.

Le mécanisme de collecte a été simplifié afin d’assurer son efficacité. Il ne s’agit pas d’une taxe sur le chiffre d’affaires global de ces entreprises, mais bien d’un impôt sur les opérations locales. La responsabilité de la collecte et du reversement de la taxe au Trésor public incombe principalement aux intermédiaires financiers (banques et émetteurs de monnaie électronique) ou, à défaut, aux plateformes elles-mêmes via un portail numérique dédié mis en place par la DGID.

Des recettes fiscales inédites pour le Trésor public

L’enjeu financier de cette réforme est considérable pour l’État du Sénégal. Avec un marché numérique en pleine expansion, caractérisé par une adoption croissante des services de streaming et une digitalisation accélérée du secteur publicitaire, les estimations du Trésor public sont optimistes. D’après les projections réalisées par les services économiques de la DGID pour le dernier trimestre 2026, cette taxation devrait générer des recettes additionnelles estimées à 7,5 milliards de francs CFA d’ici la fin de l’année.

En année pleine, sur la base des tendances de croissance actuelles, les recettes sont attendues à plus de 35 milliards de francs CFA. Pour mettre ce chiffre en perspective, cette somme équivaut à près de la moitié du budget annuel alloué au ministère de l’Enseignement supérieur. Ces fonds supplémentaires constituent une manne financière précieuse, qui sera affectée prioritairement au financement de projets de transformation digitale et au renforcement des infrastructures numériques souveraines, conformément à la stratégie « Sénégal Numérique 2025 ».

L’entrée en vigueur de cette taxe place le Sénégal en position de pionnier en Afrique de l’Ouest en matière de fiscalité du numérique. Elle envoie un signal fort aux autres pays du continent et s’aligne sur les efforts internationaux menés par l’OCDE pour instaurer une fiscalité plus juste, adaptée à l’économie du XXIe siècle, où les profits doivent être taxés là où ils sont générés, et non plus uniquement là où se situent les sièges sociaux.

Sources et références

  • Communiqué officiel de la Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) — Lancement de la taxation des services numériques, 1er octobre 2026.
  • Code Général des Impôts du Sénégal (CGIS) — Articles relatifs à la fiscalité des prestations de services numériques par des non-résidents.
  • Rapport d’impact de la DGID sur les recettes potentielles de l’économie numérique (juin 2026).
  • Stratégie « Sénégal Numérique 2025 » — Ministère de la Communication, des Télécommunications et de l’Économie Numérique.

Partager