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La solidarité dakaroise face aux inondations a un revers aussi sombre que cynique. Alors que les images des quartiers submergés de Keur Massar et de la banlieue suscitent une immense vague d’émotion et de générosité au sein de la diaspora sénégalaise et du grand public, des réseaux mafieux s’organisent sur les réseaux sociaux. Leur cible : la fibre solidaire des citoyens. En piratant ou en volant des photos de familles sinistrées, ces escrocs 2.0 lancent de faux appels aux dons via Wave et Orange Money, détournant des millions de francs CFA initialement destinés à secourir des enfants et des mères de famille jetés à la rue. Un business abject qui pousse aujourd’hui la cyberpolice à sévir.

Inondations : comment repérer une fausse cagnotte de dons

Le mode opératoire de ces cybercriminels est bien rodé. Ils créent de faux profils sur Facebook, X (ex-Twitter) ou TikTok, reprennent des photos chocs d’inondations vieilles de plusieurs années ou volées aux véritables secouristes sur le terrain, et publient des messages poignants. Le piège se referme avec la mise en avant de numéros de téléphone mobiles (comptes marchands ou personnels Wave et Orange Money) prétendument rattachés à des « collectifs de quartier » ou à des « associations d’aide aux sinistrés ».

Pour éviter de tomber dans le panneau et de financer l’enrichissement personnel de voyous, quelques réflexes s’imposent :

  • L’anonymat des profils : Méfiez-vous des comptes créés récemment, affichant peu d’abonnés ou portant des noms génériques (« Solidarité Dakar », « Secours Inondations 2026 ») sans aucune transparence sur les porteurs du projet.
  • L’absence de traçabilité officielle : Une véritable association ou ONG dispose d’un récépissé de déclaration, d’un siège physique vérifiable et communique rarement via un simple numéro mobile personnel pour recevoir des fonds.
  • L’urgence émotionnelle excessive : Les escrocs jouent sur la pitié et l’urgence absolue en interdisant tacitement toute question sur la destination finale de l’argent (« Ne posez pas de questions, donnez seulement »).
  • La vérification des numéros : Croisez toujours les informations avec les pages officielles des mairies d’arrondissement ou des médias reconnus avant d’effectuer le moindre transfert.

Les numéros Wave et Orange Money bloqués par la police

Face à la recrudescence des signalements, la Division Spéciale de Cybersécurité (DSC) de la Police nationale est entrée en action. Saisie par de nombreuses plaintes de citoyens escroqués, une cellule de veille a été activée pour pister les flux financiers numériques. En collaboration étroite avec les opérateurs de téléphonie mobile et les plateformes de transfert d’argent comme Wave et Orange Money, plusieurs dizaines de comptes frauduleux ont été identifiés et bloqués ces derniers jours.

Des enquêtes préliminaires sont en cours pour interpeller les détenteurs de ces lignes téléphoniques, souvent enregistrées sous de fausses identités grâce à des puces achetées à la sauvette. La police rappelle que l’escroquerie portant sur la vulnérabilité d’autrui en situation de catastrophe naturelle est lourdement réprimée par la loi sur la cybercriminalité, passible de fermes peines d’emprisonnement.

Associations et ONG certifiées : où donner en toute sécurité ?

Pour que votre générosité parvienne réellement aux sinistrés de Keur Massar et des zones touchées sans risquer d’alimenter les poches d’escrocs, privilégiez les canaux institutionnels et les organisations humanitaires reconnues pour leur probité et leur ancrage sur le terrain. Voici la liste des structures officielles et de leurs canaux certifiés :

  • Croix-Rouge Sénégalaise : En première ligne dans l’assistance aux populations déplacées (Coordination centrale et dons via leurs canaux officiels sécurisés).
  • Secours Islamique Sénégal / Caritas Sénégal : Associations humanitaires dotées d’une longue tradition d’intervention d’urgence dans la banlieue dakaroise.
  • Comités de gestion de crise des Mairies d’arrondissement : (Pikine, Guédiawaye, Keur Massar) qui centralisent les aides matérielles et financières par le biais de régies publiques transparentes.
  • Collectifs citoyens reconnus : Portés par des figures publiques identifiables ou des associations de riverains structurées disposant de permanences physiques dans les zones sinistrées.

La solidarité est la plus belle réponse face au drame des inondations, mais elle doit s’accompagner d’une vigilance de tous les instants pour ne pas offrir aux cybercriminels le plus cynique de leurs dividendes.

Sources et références

  • Communiqué de la Division Spéciale de Cybersécurité (DSC) sur les arnaques liées aux inondations — Octobre 2026.
  • Signalements et remontées de la plateforme de veille numérique contre la cybercriminalité au Sénégal.
  • Répertoire officiel des organisations humanitaires et associatives agréées par le Ministère de l’Intérieur.

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