C’est l’une des recommandations les plus fermes et les plus sensibles formulées par le Fonds Monétaire International (FMI) lors de sa dernière mission d’évaluation au Sénégal. L’institution de Bretton Woods appelle le gouvernement à supprimer, de manière progressive mais complète, les subventions transversales sur les produits énergétiques, et en premier lieu celles accordées à la Senelec, la société nationale d’électricité. Cette exigence, qui pèse lourdement sur le dialogue économique entre Dakar et Washington, s’inscrit dans une logique de orthodoxie budgétaire et de bonne gouvernance, mais elle comporte des risques sociaux et politiques majeurs pour le régime du président Bassirou Diomaye Faye.
Le poids insoutenable des subventions énergétiques sur les finances publiques
Pour le FMI, le constat est sans appel : le niveau actuel des subventions à l’énergie au Sénégal n’est plus tenable. Durant les périodes de forte volatilité des cours mondiaux du pétrole et du gaz, l’État a massivement mis la main à la poche pour maintenir artificiellement bas les prix de l’électricité et des carburants à la pompe. L’objectif affiché était louable : protéger le pouvoir d’achat des ménages et soutenir la compétitivité des entreprises face à l’inflation importée post-Covid et à la guerre en Ukraine.
Cependant, la facture est devenue astronomique. En 2024, ces compensations tarifaires ont représenté une ponction de plusieurs centaines de milliards de francs CFA sur le budget national. Pour le FMI, cet argent public, qui se compte en points de PIB, est un manque à gagner colossal pour des investissements prioritaires et structurels. L’institution financière estime que ces ressources seraient bien mieux utilisées si elles étaient réorientées vers des secteurs clés comme l’éducation, la santé, les infrastructures routières ou l’agriculture, qui sont les véritables moteurs de l’émergence économique à long terme.
Un mécanisme injustement redistributif et peu ciblé
L’argumentation du FMI ne repose pas uniquement sur des questions de comptabilité publique. Elle touche également à l’équité sociale. Une subvention universelle sur le prix de l’électricité profite indistinctement à tous les consommateurs, quelle que soit leur situation financière.
Or, les analyses démontrent que dans les pays en développement, la part la plus importante de l’avantage financier tiré de ces subventions est captée par les ménages les plus aisés et les grandes entreprises, qui consomment naturellement le plus d’électricité (climatisation, équipements industriels, etc.). Les populations les plus vulnérables, quant à elles, qui vivent souvent dans des zones non raccordées ou dont la consommation est modeste, ne bénéficient que très marginalement de cette manne. Le FMI considère donc que le maintien de ces subventions est un mécanisme de redistribution à l’envers, inefficace pour lutter contre la pauvreté et les inégalités.
Vers une vérité des prix assortie de mesures d’accompagnement ciblées
L’exigence du FMI ne se limite pas à une suppression brutale et sèche, qui provoquerait une explosion sociale insupportable. L’institution préconise une réforme en profondeur, articulée autour de deux axes indissociables :
- La vérité des prix : Les tarifs de l’électricité doivent progressivement refléter le coût réel de production, de transport et de distribution. Cela est indispensable pour restaurer la viabilité financière de la Senelec, qui croule sous une dette colossale et ne peut investir pour moderniser son réseau, et pour attirer de nouveaux investisseurs privés dans le secteur de la production.
- Des filets de sécurité sociale : La suppression des subventions universelles doit être compensée par la mise en place de mécanismes d’aide directs, ciblés et transparents, destinés exclusivement aux ménages les plus pauvres et aux petites entreprises. Il s’agit de transformer des aides aveugles en soutiens intelligents, via des bourses familiales, des transferts monétaires ou des tarifs sociaux spécifiques, en s’appuyant sur le Registre National Unique (RNU).
Cette exigence du FMI place le gouvernement sénégalais face à un dilemme cornélien. D’un côté, l’orthodoxie financière nécessaire pour maintenir la crédibilité du pays auprès des bailleurs de fonds ; de l’autre, la paix sociale et la promesse électorale de justice sociale. La réforme des subventions à l’électricité s’annonce ainsi comme le test le plus décisif de la politique économique du nouveau régime.
Sources et références
- Rapports des missions d’évaluation du FMI au titre de l’article IV et du programme économique du Sénégal (2024-2025).
- Déclarations officielles et communiqués de presse du FMI sur le Sénégal.
- Analyses macroéconomiques de la Banque Mondiale et du FMI sur les subventions aux carburants et à l’électricité en Afrique de l’Ouest.
- Rapports d’activité de la Commission de Régulation du Secteur de l’Énergie (CRSE) sur les coûts et tarifs au Sénégal.