À l’approche de l’examen hautement stratégique du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 en séance plénière à l’Assemblée nationale, le gouvernement intensifie ses efforts d’explication et d’apaisement. Interpellé lors de la récente conférence de presse du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo, le ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy, a lancé un appel vibrant et solennel aux députés de la majorité parlementaire. Tout en défendant la rigeur des arbitrages budgétaires imposés par la conjoncture économique internationale, le ministre a invité les élus de Pastef-Les Patriotes et l’ensemble de la représentation nationale à faire preuve de solidarité institutionnelle et à placer l’intérêt supérieur du Sénégal au-dessus des considérations partisanes.
LFR 2026 et budget de l’Éducation : « Les cinq ans, nous sommes solidaires »
Moustapha Guirassy n’a pas caché l’ampleur de ses attentes envers le groupe parlementaire majoritaire. Selon le ministre, ministres comme députés issus de la dynamique politique de 2024 partagent un contrat moral et une responsabilité collective devant le peuple sénégalais. « Ce que nous devons dicter, c’est de travailler et de collaborer », a-t-il affirmé, rappelant que si les divergences de vues font vivre la démocratie, elles ne doivent en aucun cas paralyser l’action publique ou hypothéquer l’exécution des engagements de la nation.
Refusant toute tentative de saucissonnage du bilan gouvernemental au gré des réaménagements ou des urgences budgétaires, le ministre de l’Éducation nationale s’est déclaré pleinement comptable de la promesse quinquennale faite aux citoyens :
« Les cinq ans, nous sommes solidaires. En tant que ministre de l’Éducation nationale, je me juge comptable de tout ce qui a été promis depuis 2024. Découper le bilan en périodes distinctes pour éviter d’assumer des décisions prises ensemble serait une incohérence politique majeure. »
Interpellant également les députés du groupe d’opposition Takku Wallu Sénégal, qui ont opté pour l’abstention lors des travaux en commission, Moustapha Guirassy a souligné les graves enjeux politiques et institutionnels que revêt le vote de cette LFR dans un contexte de soutenabilité financière globale et de négociation avec les créanciers internationaux.
Des coupes de 171,7 milliards mais un fonds autonome de financement sur la table du président
Abordant sans détour l’impact du réajustement budgétaire sur son département, Moustapha Guirassy a détaillé les efforts demandés au secteur éducatif. Le projet de LFR 2026 prévoit une réduction nette de 171,7 milliards de francs CFA des autorisations d’engagement, et une contraction d’environ 31,3 milliards de FCFA sur les crédits directement mobilisables cette année. Ces arbitrages touchent au premier chef les dépenses de fonctionnement de l’élémentaire ainsi que les investissements programmés pour le report de certaines constructions scolaires dans l’élémentaire et le secondaire.
Le ministre a toutefois fermement récusé toute idée de désengagement de l’État vis-à-vis de l’école publique. Il a rappelé la continuité des programmes prioritaires, notamment la poursuite des recrutements d’enseignants, le renforcement des structures de formation pédagogique et la livraison du programme d’urgence de 2 500 salles de classe à travers le pays.
Conscient que l’Éducation absorbe une part massive des ressources publiques nationales tout en souffrant d’une part trop faible dédiée à l’investissement productif, le ministre a annoncé une réforme structurelle majeure : un projet de création d’un fonds autonome de financement de l’éducation est actuellement soumis à l’arbitrage du président de la République. Ce mécanisme novateur permettra de diversifier les sources de ressources (partenariats public-privé, mécénat, redevances sectorielles) et de réduire la dépendance chronique du système éducatif vis-à-vis des seules marges du budget général de l’État.
Face aux secousses économiques mondiales, Moustapha Guirassy a conclu sur la nécessité d’allier la rigueur de l’expertise technique à la sagesse politique, exhortant les parlementaires à voter la LFR pour garantir la stabilité financière et sociale du Sénégal.
Sources et références
- Déclarations officielles de Moustapha Guirassy, ministre de l’Éducation nationale, lors de la conférence de presse du gouvernement — 26 octobre 2026.
- Rapport d’arbitrage budgétaire sur le projet de loi de finances rectificative (LFR 2026) — Ministère des Finances et du Budget.
- Document de cadrage du projet de fonds autonome de financement de l’éducation au Sénégal.