C’est un rappel à l’ordre d’une fermeté inédite qui vient secouer l’exécutif sénégalais. L’Office National de Lutte contre la Fraude et la Corruption (OFNAC) a émis un ultimatum strict à l’encontre de cinq membres récemment nommés au sein du gouvernement. En cause : le non-respect des délais légaux régissant la déclaration de patrimoine. Alors que la transparence et la reddition des comptes constituent les pierres angulaires du discours officiel des nouvelles autorités, ce rappel à l’ordre public jette une ombre gênante sur l’équipe gouvernementale et met l’administration face à ses propres exigences de probité.
Une obligation légale et constitutionnelle non négociable
Au Sénégal, l’obligation de déclaration de patrimoine n’est pas une simple formalité administrative laissée à la discrétion des personnalités publiques. Elle découle d’un impératif légal rigoureux destiné à prévenir l’enrichissement illicite, les conflits d’intérêts et la corruption au sommet de l’État. Selon les textes en vigueur, le président de la République, le Premier ministre, les ministres, ainsi que les gestionnaires de deniers publics importants doivent obligatoirement se soumettre à cet exercice auprès de l’OFNAC lors de leur prise de fonction, puis à la fin de leur mandat.
Le délai imparti par la loi est précisément encadré – généralement fixé aux premiers mois suivant la nomination. Pourtant, malgré les rappels répétés de l’institution de contrôle dirigée par Serigne Bassirou Guèye, cinq ministres de la nouvelle équipe gouvernementale ont manqué à cette obligation dans les délais prescrits. Cette bévue administrative, ou ce retard coupable, offre du grain à moudre aux détracteurs du régime, qui rappellent que la rigueur morale doit s’appliquer en premier lieu à ceux qui incarnent l’autorité de l’État.
L’OFNAC hausse le ton face aux retards récurrents
En adressant cet ultimatum public assorti de menaces de sanctions directes, l’OFNAC démontre une volonté d’indépendance et de fermeté institutionnelle très attendue par la société civile. L’institution ne se contente plus de simples rappels feutrés ; elle brandit la menace de sanctions prévues par la loi, qui peuvent aller de la publication de la mise en demeure au Journal officiel jusqu’à la saisine des autorités judiciaires compétentes, en passant par le blocage des émoluments et indemnités ministérielles.
Pour l’organisme de lutte contre la corruption, l’objectif est double : rappeler que nul n’est au-dessus de la loi, quelles que soient ses fonctions ministérielles, et tordre le cou à l’opacité qui a trop longtemps caractérisé la gestion des affaires publiques au Sénégal. Le retard pris par ces ministres s’explique parfois par la complexité de l’inventaire des biens immobiliers, des comptes bancaires et des participations sociétaires, mais aux yeux de l’OFNAC, l’excuse ne tient pas face à l’impératif républicain d’exemplarité.
Un test de crédibilité pour le régime du « Jub, Jubal, Jubanti »
Cette polémique intervient à un moment particulièrement délicat pour le tandem au pouvoir, formé par le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre Ousmane Sonko. Ayant axé l’essentiel de leur légitimité politique sur la lutte implacable contre la corruption, la mauvaise gestion et l’impunité des élites, le moindre faux pas en matière de transparence éthique est scruté à la loupe par l’opinion publique et l’opposition.
Le gouvernement s’était engagé à faire de la transparence administrative une marque de fabrique indélébile. Voir des ministres fraîchement installés se faire épingler par une institution de contrôle pour un manquement aussi basique que la déclaration de biens constitue un sérieux loupé de communication et de rigueur interne. L’opposition politique n’a d’ailleurs pas tardé à s’emparer du dossier, fustigant un « deux poids, deux mesures » et remettant en cause l’efficacité du dispositif de contrôle au sein même de l’appareil d’État.
La mise en conformité sous pression
Face au tollé naissant et à la menace imminente de sanctions pécuniaires ou publiques, les cabinets des ministres concernés se sont activés en urgence pour régulariser leur situation administrative auprès de l’OFNAC. Les dossiers d’évaluation patrimoniale, comprenant l’état estimatif de l’ensemble du patrimoine mobilier et immobilier, sont en cours de finalisation ou ont été transmis en toute hâte.
Cette affaire, bien que d’ordre procédural, rappelle avec force que l’exercice du pouvoir d’État exige une rigueur irréprochable. L’ultimatum de l’OFNAC agit ainsi comme un électrochoc salutaire : au Sénégal, l’ère de la tolérance administrative et du laxisme envers les obligations de transparence est définitivement close. Les ministres retardataires l’ont désormais appris à leurs dépens.
Sources et références
- Rapports et communiqués officiels de l’Office National de Lutte contre la Fraude et la Corruption (OFNAC).
- Loi relative à la déclaration de patrimoine des deniers et biens publics au Sénégal.
- Rapports d’investigation de la presse quotidienne sénégalaise sur le respect des délais par les membres du gouvernement.