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C’est une étape hautement symbolique et lourde de conséquences géopolitiques qui vient d’être franchie. Après avoir officialisé leur retrait politique et militaire de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et constitué l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger, les autorités de transition maliennes ont mis en circulation, ce lundi matin, 5 octobre 2026, le nouveau passeport biométrique du Mali. La principale caractéristique de ce document est l’absence totale de toute référence ou logo de l’organisation régionale, marquant une rupture administrative définitive et irréversible avec l’espace communautaire ouest-africain.

À quoi ressemble le nouveau passeport de l’AES ?

Le nouveau passeport biométrique malien, produit par une technologie de pointe et conforme aux normes de l’Organisation de l’Aviation Civile Internationale (OACI), se distingue visuellement par son design épuré et souverainiste. De couleur bordeaux, il arbore fièrement en couverture, en lettres dorées, l’emblème de la République du Mali : le lion et le soleil, surmontés de l’inscription « RÉPUBLIQUE DU MALI » et « UN – UN PEUPLE – UN BUT ». La mention « COMMUNAUTÉ ÉCONOMIQUE DES ÉTATS DE L’AFRIQUE DE L’OUEST » (CEDEAO), présente sur l’ancienne version, a été remplacée par la simple indication « PASSEPORT BIOMÉTRIQUE ». À l’intérieur, la page de garde et les pages de visa sont ornées de motifs culturels et historiques maliens, renforçant l’identité nationale du document. Le ministre malien de la Sécurité, lors de la cérémonie de lancement, a déclaré que ce passeport « incarne la pleine et entière souveraineté du Mali et de l’AES, et garantit à ses détenteurs une identité affirmée sur la scène internationale ». Le document intègre les dernières technologies de sécurité anti-falsification, incluant une puce électronique avec les données biométriques (empreintes digitales, photo faciale) et des éléments de sécurité invisibles.

Les Maliens auront-ils besoin d’un visa pour le Sénégal ?

C’est la question cruciale que se pose la importante diaspora malienne établie au Sénégal, ainsi que les voyageurs transitant régulièrement par Dakar. Pour l’heure, le Sénégal n’a pas encore communiqué officiellement sur la reconnaissance de ce nouveau passeport. Le protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes et des biens, qui garantit l’exemption de visa pour les ressortissants des pays membres, est juridiquement caduc entre le Mali et le Sénégal du fait du retrait du Mali de l’organisation. « Le nouveau passeport AES ne garantit plus, de jure, la libre circulation automatique au Sénégal », explique un expert en droit communautaire. « Les voyageurs maliens sont désormais, en théorie, soumis au régime des visas d’entrée pour le Sénégal, sauf accord bilatéral spécifique qui n’a pas encore été annoncé ».

En pratique, aux frontières terrestres et à l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD), les services de la Police de l’Air et des Frontières (PAF) sénégalais se trouvent dans une situation d’attente de directives claires. Pour l’instant, une tolérance administrative semble prévaloir, mais les contrôles pourraient se durcir à tout moment. Les autorités sénégalaises, soucieuses de préserver des liens historiques et humains forts avec le Mali tout en respectant leurs engagements régionaux, doivent naviguer dans une zone de flou juridique et administratif. Les voyageurs maliens sont donc vivement invités à se rapprocher des services consulaires du Sénégal à Bamako avant tout déplacement pour s’assurer des formalités en vigueur, sous peine de se voir refuser l’entrée sur le territoire sénégalais. La mise en circulation de ce passeport marque le début d’une nouvelle ère de complexité administrative aux frontières sahéliennes.

Sources et références

  • Ministère malien de la Sécurité et de la Protection Civile : « Lancement officiel du nouveau passeport biométrique malien », communiqué de presse, 5 octobre 2026.
  • Jeune Afrique : « Passeport AES : le Mali tourne la page CEDEAO », article de la rédaction, 5 octobre 2026.
  • Protocole A/P1/5/79 relatif à la libre circulation des personnes, au droit de résidence et d’établissement au sein de la CEDEAO.
  • Analyses géopolitiques sur l’intégration régionale et les conséquences du retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO.
  • Direction Générale des Étrangers au Sénégal (DGES) : « Procédures d’entrée et de séjour des ressortissants étrangers au Sénégal », notes d’information consulaires.

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