Face à la grogne grandissante des consommateurs et aux critiques virulentes de la classe politique, la direction de la Société nationale d’électricité (Senelec) a brisé le silence. Interpellé par l’ampleur des délestages qui plongent de nombreux quartiers de Dakar et des régions dans le noir depuis plusieurs semaines, le directeur général est monté au créneau pour s’expliquer sur les causes de la crise et présenter un calendrier précis de sortie de crise. Entre pannes techniques sur des infrastructures clés, explosion de la demande estivale et tensions sur l’approvisionnement, l’heure est aux comptes et aux promesses de rétablissement rapide.
Une prise de parole très attendue face à la pression populaire
La multiplication des coupures intempestives d’électricité au cours de ce mois de septembre 2026 a fini par excéder les usagers. Dans les foyers, les boutiques et les ateliers de la banlieue dakaroise, l’exaspération était à son comble. En choisissant de s’exprimer publiquement, la direction générale de la Senelec a tenté de désamorcer une tension sociale palpable, tout en reconnaissant les difficultés objectives rencontrées par le réseau de distribution.
Le directeur général a tenu à jouer la carte de la transparence, rejetant les accusations de mauvaise gestion volontaire mais assumant les dysfonctionnements techniques qui ont mis à genoux l’appareil de production électrique national. Pour l’entreprise publique, il s’agissait surtout de rassurer une clientèle éprouvée par la répétition des pannes et de restaurer la confiance mise à mal par ces interruptions de service à répétition.
Les causes structurelles et conjoncturelles d’une panne générale
Au cœur de l’explication fournie par la Senelec figure l’inadéquation temporaire entre une offre de production fragilisée et une demande qui a explosé de manière inédite. Avec un pic de consommation ayant atteint les 1 400 mégawatts (MW) sous l’effet conjugué des vagues de chaleur et de l’expansion urbaine, les prévisions initiales de l’opérateur ont été largement dépassées.
À cette surchauffe de la demande s’est greffée une série de défaillances techniques majeures :
- L’arrêt du navire-centrale Karpowership : Cette unité flottante, qui assurait à elle seule près de 200 MW indispensables à l’équilibre du réseau d’alimentation de la capitale, a connu une mise à l’arrêt prolongée pour maintenance lourde et incidents techniques.
- Des pannes sur les centrales thermiques privées : Plusieurs producteurs indépendants (IPP) partenaires de la Senelec ont simultanément enregistré des avaries sur leurs turbines, amputant dangereusement la réserve de sécurité du réseau interconnecté.
- La vétusté du réseau de distribution : Les transformateurs et les lignes de transport, soumis à rude épreuve par les surcharges, ont régulièrement cédé, provoquant des coupures en cascade.
Un retour progressif à la normale annoncé pour la fin de la semaine
L’annonce la plus attendue de cette sortie médiatique concerne le calendrier de résolution de la crise. Le directeur général de la Senelec a formellement fixé une échéance claire : le retour progressif à la normale de la fourniture en électricité est garanti d’ici la fin de la semaine en cours.
Selon les engagements pris par la direction, les travaux de réparation sur les unités thermiques en panne touchent à leur fin, et la réinjection graduelle de puissance sur le réseau a déjà commencé. Par ailleurs, des négociations d’urgence menées avec les pays voisins pour augmenter les capacités d’importation d’électricité — notamment via l’interconnexion régionale — ont permis de sécuriser un ballon d’oxygène en attendant la relance complète des parcs de production locaux.
L’impératif de la transition énergétique face aux critiques
Si cet engagement sur les délais apporte un répit bienvenu aux ménages et aux entreprises, la crise de la Senelec laisse des traces durables dans le débat public. Les critiques de l’opposition et des experts du secteur, qui pointent du doigt un manque d’anticipation stratégique, continuent de résonner. Pour le gouvernement et la direction de l’entreprise, la leçon est tirée : la souveraineté énergétique du Sénégal ne pourra se consolider qu’à travers la diversification du mix énergétique, l’accélération des projets d’exploitation du gaz local et la modernisation en profondeur des infrastructures de transport.
D’ici là, les abonnés retiennent leur souffle, espérant que la promesse du directeur général ne restera pas un simple vœu pieux et que le courant sera bel et bien rétabli dans les délais impartis.
Sources et références
- Communiqués et interventions de la Direction générale de la Senelec (septembre 2026).
- Rapports techniques sur la gestion de la pointe de consommation électrique au Sénégal.
- Points de situation sur l’état de fonctionnement des parcs de production thermique et des interconnexions régionales.