Partager

C’est une étape historique et hautement symbolique dans leur quête de souveraineté totale. Après avoir acté leur divorce politique et militaire avec la CEDEAO et scellé un nouvel accord bilatéral renforcé en l’absence remarquée du Niger, le Mali et le Burkina Faso ont franchi un Rubicon économique majeur. Les ministres de l’Économie et des Finances de Bamako et de Ouagadougou ont conjointement dévoilé la première feuille de route officielle menant à la création d’une monnaie commune et à la sortie définitive du franc CFA. Ce plan d’action, mûri dans le plus grand secret par des cercles d’experts souverainistes, matérialise l’ambition géopolitique la plus audacieuse des régimes militaires sahéliens.

Une architecture monétaire en trois phases

La feuille de route, présentée lors d’une conférence de presse conjointe retransmise par les médias d’État des deux pays, détaille un calendrier d’exécution étalé sur plusieurs années. L’objectif affiché est de rompre définitivement les amarres avec le Trésor français et le mécanisme de parité fixe arrimé à l’euro, jugé par les juntes comme un vestige d’aliénation coloniale. Le processus s’articule autour de jalons techniques précis :

  • Phase de transition institutionnelle et réglementaire (2026-2027) : Création de l’Institut Monétaire Sahélien, ancêtre de la future banque centrale confédérale, et mise en place d’un cadre juridique harmonisé régissant le contrôle des changes et la convertibilité transfrontalière.
  • Phase de constitution des réserves de change et d’or : Mobilisation des ressources minières nationales — notamment l’or, dont le Mali et le Burkina Faso comptent parmi les premiers producteurs du continent — pour constituer un fonds de garantie souverain capable de soutenir la future monnaie sans l’aval extérieur.
  • Phase de mise en circulation du nouveau signe monétaire : Émission physique des premières coupures de la nouvelle monnaie sahélienne et retrait progressif du franc CFA des circuits économiques locaux.

Les concepteurs du projet insistent sur le fait que cette transition ne se fera pas dans l’improvisation, promettant des études d’impact rigoureuses pour éviter les chocs hyperinflationnistes ou les ruptures d’approvisionnement en liquidités qui pénaliseraient les populations les plus vulnérables.

Les défis titanesques d’une rupture unilatérale

Si l’annonce a suscité l’enthousiasme des partisans d’une rupture radicale avec l’ancienne puissance coloniale et les institutions de Bretton Woods, elle laisse de marbre ou inquiète profondément les économistes et les banquiers centraux de la sous-région. Sortir de l’UEMOA et du giron du franc CFA représente un saut dans l’inconnu macroéconomique aux conséquences potentiellement redoutables.

Les défis techniques et financiers sont immenses :

  • La convertibilité extérieure : Assurer la confiance des marchés internationaux et des investisseurs dans une monnaie qui ne bénéficiera plus de la garantie illimitée du Trésor français exigera des réserves de change colossales et une discipline budgétaire de fer.
  • L’intégration commerciale régionale : La coexistence de deux régimes monétaires au sein même de l’espace ouest-africain — le franc CFA d’un côté, la nouvelle monnaie sahélienne de l’autre — va complexifier drastiquement les flux commerciaux, les douanes et la circulation des capitaux, notamment avec des pays riverains comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire.
  • L’absence paradoxale du Niger : Tout comme pour le récent accord bilatéral de défense, le fait que Niamey ne cosigne pas cette feuille de route monétaire à ce stade soulève des interrogations sur la cohésion réelle de l’AES en matière de politique économique.

Un séisme pour la zone franc et la diplomatie dakaroise

Pour le Sénégal, pilier économique de l’UEMOA et fervent défenseur de la stabilité monétaire régionale, l’officialisation de cette feuille de route est suivie avec une extrême attention. La matérialisation d’une zone monétaire dissidente aux portes de l’Union monétaire ouest-africaine rebat les cartes de l’intégration régionale et pose des questions sécuritaires et douanières inédites le long des frontières partagées.

Le Mali et le Burkina Faso ont choisi de transformer leur souveraineté politique proclamée en acte économique fondateur. Reste désormais à savoir si les réalités implacables de l’économie mondiale permettront à cette monnaie sahélienne de s’imposer ou si elle se heurte aux écueils de l’asphyxie financière. Le feuilleton de la dédollarisation et de la défrancisation de l’Afrique de l’Ouest entre dans sa séquence la plus explosive.

Sources et références

  • Communiqués conjoints des ministères de l’Économie et des Finances du Mali et du Burkina Faso (octobre 2026).
  • Notes d’analyse de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) sur l’architecture monétaire régionale.
  • Rapports macroéconomiques d’institutions financières internationales sur les risques de sécession monétaire au Sahel.

Partager