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Face à la multiplication des incursions de navires de pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN) et au pillage continu des stocks marins, les États ouest-africains accélèrent leur transformation numérique en matière de sécurité maritime. Réunis à Dakar dans le cadre d’un atelier régional consacré aux systèmes d’information halieutiques, les experts de la Commission sous-régionale des pêches (CSRP) et de l’ONG internationale Global Fishing Watch (GFW) ont dressé le bilan de leur première année de partenariat stratégique. Cette initiative pionnière mise sur l’exploitation des données satellitaires pour traquer les navires suspects et protéger les écosystèmes marins de la sous-région.

Suivi satellitaire et données massives : la technologie au service de la surveillance maritime

Dans un espace maritime vaste et difficile à patrouiller exclusivement par des moyens navals traditionnels, l’imagerie et les données satellitaires apportent une réponse technologique décisive. En croisant les données des systèmes d’identification automatique (AIS) et les images radar, les garde-côtes et centres de contrôle peuvent désormais détecter en temps réel les comportements anormaux de navires de pêche : extinction délibérée de balises de géolocalisation, transbordements illégaux en haute mer ou incursions non autorisées dans les aires marines protégées et les zones réservées à la pêche artisanale.

Pour Dame Mboup, gestionnaire de programme de Global Fishing Watch pour l’Afrique, cette approche fondée sur le numérique permet de fournir aux États des preuves matérielles indiscutables sur les activités halieutiques. Toutefois, le responsable souligne un défi persistant : bien que les outils satellitaires apportent une transparence inédite, de nombreux pays de la région manquent encore de moyens logistiques et financiers pour déployer rapidement des vedettes d’interception une fois les navires clandestins repérés.

Du côté des autorités sénégalaises, cette alliance technologique vient directement soutenir le dispositif national de souveraineté maritime. Adama Faye, conseiller technique au ministère des Pêches et de l’Économie maritime, rappelle que la pêche INN annihile les efforts de conservation menés par les États et menace la sécurité alimentaire des populations littorales. L’intégration de ces outils dans les centres de surveillance régionaux ambitionne d’instaurer un maillage sécuritaire permanent le long des côtes ouest-africaines.

Urgence sur la sardinelle : une pression de pêche à réduire de 60 %

Au-delà du défi policier et sécuritaire, la lutte contre la fraude maritime répond à une urgence écologique et économique majeure. Les écosystèmes marins d’Afrique de l’Ouest subissent les effets conjugués d’une surcapacité industrielle et du dérèglement climatique. La sardinelle — espèce pélagique essentielle pour la consommation populaire, la stabilité des prix du poisson au Sénégal et l’activité de la pêche artisanale — figure parmi les espèces les plus gravement fragilisées.

L’alerte lancée par le Dr Khallahi Brahim, représentant de la CSRP, est catégorique : les évaluations scientifiques disponibles préconisent une réduction de 60 % de la pression de pêche globale pour espérer reconstituer durablement les stocks de poissons. Les opérations conjointes de patrouille menées récemment ont en outre confirmé la persistance d’une forte activité de pêche illicite menée par des flottilles étrangères opérant sans licence ou sous des pavillons de complaisance.

En inscrivant l’analyse des données satellitaires au cœur des politiques publiques de gestion des pêches, le Sénégal et ses partenaires de la CSRP entendent renforcer l’application du droit de la mer et préserver la biodiversité marine au bénéfice des générations futures.

Sources et références

  • Atelier régional d’évaluation de la CSRP et de Global Fishing Watch (GFW) sur les systèmes d’information halieutiques — Dakar, octobre 2026.
  • Déclarations officielles de la CSRP (Dr Khallahi Brahim) et du Ministère des Pêches et de l’Économie maritime du Sénégal (Adama Faye).
  • Rapports scientifiques sur l’état des stocks de pélagiques en Afrique de l’Ouest — Commission sous-régionale des pêches.

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