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La grande ambition internationale de l’ancien président sénégalais se heurte à des turbulences majeures. Alors que Macky Sall brigue officiellement le poste de secrétaire général des Nations unies, sa candidature fait face à un barrage aussi inattendu que stratégique au sein même du continent africain. Porté par son expérience à la tête de l’État sénégalais et son plaidiorat marquant pour l’intégration de l’Union africaine au G20, l’ancien chef de l’État pensait pouvoir capitaliser sur un consensus panafricain. C’était sans compter sur les subtilités et les rivalités diplomatiques qui régissent les couloirs de l’institution continentale, transformant sa quête du fauteuil de António Guterres en un parcours d’obstacles semé d’embûches.

La tentative d’aval en « procédure de silence » qui a échoué

L’obstacle le plus sérieux est intervenu à travers un épisode procédural rocambolesque au sein de l’Union africaine. Une tentative d’officialiser et d’endosser la candidature de Macky Sall a été menée via un mécanisme diplomatique discret : la « procédure de silence ». Cette méthode, généralement réservée à des questions administratives mineures pour gagner du temps, consiste à valider une décision si aucun État membre ne formule d’objection dans un délai très court de 24 heures.

Cependant, ce passage en force feutré a provoqué un tollé diplomatique. Pas moins de vingt pays ont brisé le silence pour s’y opposer ou demander un report, ruinant la tentative d’adopter le projet de décision. Des poids lourds continentaux comme l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Nigéria et le Rwanda ont manifesté des réserves ou des objections formelles. Pour ces nations, une fonction aussi prestigieuse que celle de secrétaire général de l’ONU ne saurait être entérinée à la va-vite, sans un débat approfondi, une concertation transparente et un examen collégial au sommet des chefs d’État. Cet échec procédural a mis à nu l’absence de consensus unanime au sein de l’UA, affaiblissant l’argument d’une candidature naturelle du continent.

La question de la rotation régionale et des équilibres géopolitiques

Au-delà de la méthode, c’est le principe même de la rotation des charges onusiennes qui est invoqué par les détracteurs de la candidature de Macky Sall. Selon les us et coutumes diplomatiques des Nations unies, la règle informelle de la rotation géographique joue un rôle déterminant dans l’attribution du poste suprême. Pour ce cycle de succession, l’attention et les aspirations se tournent traditionnellement vers d’autres régions du monde, notamment l’Amérique latine et les Caraïbes, ce qui n’a pas manqué d’être souligné par plusieurs diplomaties, à l’instar du Nigéria.

De surcroît, le bilan national de l’ancien président sénégalais (2012-2024), marqué par des crises politiques aiguës lors de sa fin de mandat et des débats persistants sur la gestion des finances publiques, est brandi par certains observateurs et acteurs de la société civile pour nuancer son aura internationale. Bien que Macky Sall bénéficie d’un carnet d’adresses impressionnant et de relais puissants en Occident — notamment en tant qu’envoyé spécial pour le Pacte de Paris —, ces zones d’ombre domestiques et continentales offrent des arguments à ses rivaux dans la course onusienne.

Le jeu ambigu des soutiens nationaux

Sur le plan interne au Sénégal, la trajectoire de cette candidature maintient une curieuse dualité politique. Malgré les profonds clivages qui ont émaillé la fin de son magister, l’actuel chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, a adopté une posture institutionnelle mesurée, allant jusqu’à évoquer la question dans ses prises de parole diplomatiques, tandis que la base du parti au pouvoir (Pastef) ne cache pas son scepticisme, voire son hostilité ouverte, rappelant les tensions de la période contestée des années 2021-2024. Ce contraste entre la realpolitik extérieure et les soubresauts de la mémoire politique sénégalaise illustre à quel point le profil de Macky Sall divise autant qu’il fascine.

Pour l’ancien président, la route de New York s’annonce donc beaucoup plus escarpée que prévu. S’il multiplie les tribunes pour plaider la cause d’un multilatéralisme rénové, la nécessité de rebâtir un véritable consensus au sein de l’Union africaine et de convaincre les sceptiques sur la scène internationale s’impose désormais comme une condition sine qua non. Le test onusien de Macky Sall est avant tout un examen de passage géopolitique grandeur nature.

Sources et références

  • Analyses et notes de recherche de l’Institut d’études de sécurité (ISS Africa) sur la diplomatie continentale.
  • Documents officiels de vision stratégique et de campagne pour le poste de Secrétaire général de l’ONU.
  • Rapports de la couverture médiatique internationale et régionale (RFI, TV5MONDE, Agence de Presse Sénégalaise).

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