Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a récemment pris la parole depuis New York, où il participe à l’Assemblée générale de l’ONU, pour aborder l’une des questions politiques les plus brûlantes de la rentrée au Sénégal : la possible dissolution de l’Assemblée nationale. Si l’éventualité est constitutionnellement ouverte, le chef de l’État maintient un flou stratégique, privilégiant l’analyse du « contexte » politique national avant de prendre une décision définitive.
Une prérogative constitutionnelle bientôt activable
La question de la dissolution de l’Assemblée nationale agite la sphère politique sénégalaise. Constitutionnellement, le président de la République disposera de cette prérogative à l’approche de la fin de l’année. Interrogé par des médias internationaux, Bassirou Diomaye Faye a tenu à rappeler qu’il s’agit avant tout d’un outil institutionnel à sa disposition, sans pour autant s’enfermer dans un calendrier précis.
« Il n’y a pas de fixation », a affirmé le président, précisant que son choix dépendra de la situation qui se présentera le moment venu. Cette déclaration indique que le palais présidentiel se réserve le droit d’utiliser cette arme politique si les équilibres parlementaires menaçaient l’application de la vision « Sénégal 2050 », mais n’en fait pas un objectif immédiat et inconditionnel.
La stratégie du « contexte et de la nécessité »
Pour Bassirou Diomaye Faye, l’usage de l’article 87 de la Constitution ne doit pas être perçu comme une simple manœuvre politique, mais plutôt comme une réponse à un blocage institutionnel potentiel. « La dissolution de l’Assemblée nationale est une question de nécessité ou de contexte », a-t-il souligné, ajoutant qu’il ne croit pas, pour l’heure, à l’existence d’un blocage « absolument insurmontable ».
Cette approche mesurée vise probablement à rassurer sur sa volonté de collaborer avec la représentation nationale actuelle, tout en gardant une marge de manœuvre face à des initiatives législatives qui pourraient s’avérer contraires à ses priorités. Le président rappelle d’ailleurs que la Constitution a prévu les pouvoirs de chaque institution pour réagir en cas de crise.
Les enjeux d’une éventuelle nouvelle configuration parlementaire
L’ombre de la dissolution plane dans un contexte où l’équilibre des forces à l’Assemblée nationale est un enjeu crucial pour le nouveau pouvoir. Le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre, Ousmane Sonko, a besoin d’une majorité solide pour faire passer ses réformes économiques et institutionnelles. La presse sénégalaise se fait régulièrement l’écho de tensions potentielles ou de manœuvres politiques au sein de l’hémicycle.
Si la dissolution devait être prononcée, elle ouvrirait la voie à des élections législatives anticipées. Pour l’exécutif, l’objectif serait d’obtenir une majorité absolue afin d’éviter toute cohabitation de fait ou tout freinage dans l’adoption des lois et des budgets. Cependant, une élection anticipée comporte toujours des risques politiques et mobilise d’importantes ressources financières et logistiques.
Le pari de la stabilité pour rassurer les partenaires
En temporisant sur la question de la dissolution, Bassirou Diomaye Faye envoie également un message de stabilité aux partenaires internationaux et économiques du Sénégal. Les réformes promises, qu’il s’agisse de la renégociation de contrats ou de la relance économique, nécessitent un climat politique apaisé.
Lors de son déplacement à New York, le président a d’ailleurs multiplié les échanges sur la coopération et la paix, s’entretenant notamment avec la Première ministre de la RDC, Judith Suminwa Tuluka. Cette posture de rassembleur, qu’il adopte également au niveau régional en prônant le dialogue avec les États de l’AES, semble guider sa politique intérieure : n’utiliser la force institutionnelle qu’en dernier recours.
Sources et références
- Déclarations de Bassirou Diomaye Faye aux médias internationaux (France 24, RFI).
- Dépêches de l’Agence de Presse Sénégalaise (APS).
- Constitution de la République du Sénégal.